SYRIE – 12 décembre 2017

La Russie amorce un retrait partiel de ses troupes de Syrie
Une partie des troupes russes déployées en Syrie est rentrée mardi 12 décembre en Russie, amorçant le retrait d’une « partie significative » des forces russes du pays annoncé par Vladimir Poutine, a indiqué le ministère de la Défense.
« Le bataillon de police militaire du district militaire du sud (de la Russie), qui était déployé en République arabe syrienne, a été emmené par deux avions de transport militaire à l’aéroport de Makhatchkala« , capitale du Daguestan, a indiqué dans un communiqué l’armée russe.
Des images retransmises par la télévision russe montraient les soldats débarquant sur le tarmac ensoleillé de l’aéroport de la petite république russe du Caucase du Nord.
Des bombardiers Tu-22M3 ont en outre quitté l’aérodrome d’Ossétie du Nord, dans le Caucase russe, d’où ils décollaient pour frapper la Syrie, pour rejoindre leurs bases permanentes, selon l’armée russe.
Le président russe Vladimir Poutine avait ordonné, lundi 11 décembre, lors d’une visite surprise sur la base russe de Hmeimim en Syrie, le retrait d’une « partie significative » des forces russes présentes dans le pays, après plus de deux ans d’intervention.
Il n’a pas précisé le nombre de soldats concernés par ce retrait. Des sources anonymes proches de l’armée russe ont évoqué aux quotidiens russes RBK et Kommersant « deux-tiers du contingent et des équipements« .
Vingt-trois avions et deux hélicoptères russes devraient quitter la Syrie, ainsi que des unités des forces spéciales, des démineurs et des médecins de l’hôpital de campagne, selon le chef des forces russes en Syrie, le général Sergueï Sourovikine.
Déclenchée le 30 septembre 2015, l’intervention militaire russe en Syrie a changé la donne en permettant notamment aux forces gouvernementales de reprendre à l’EI la cité antique de Palmyre et de chasser les rebelles de leur bastion d’Alep.
De 4.000 à 5.000 militaires russes ont été déployés en Syrie pendant ces deux années. Officiellement, une quarantaine d’entre eux ont péri depuis le début de cette intervention.
Jeudi, Moscou avait fait état de la « libération totale » du territoire syrien de l’emprise de l’Etat islamique, bien que cette organisation y contrôle toujours plusieurs poches.
La Russie avait déjà annoncé le 21 novembre la fin de la « phase active de l’opération militaire » en Syrie.
La Russie devrait rester sur le long terme en Syrie, où elle dispose d’une base navale à Tartous (nord-ouest) et une base aérienne à Hmeimim, dans le fief alaouite du président syrien Bachar el-Assad, à 25km au sud de Lattaquié.

Vidéo du premier avion russe quittant la base syrienne de Hmeimim :

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Assad
Selon le New Yorker, l’administration Trump n’a pas d’autres choix que le maintien de Bachar al-Assad au pouvoir jusqu’à 2021

« Malgré la mort d’un demi million de personnes, des dizaines par des armes chimiques, au cours de la guerre civile syrienne, l’administration Trump est maintenant prête à accepter le maintien au pouvoir du président Bachar al-Assad jusqu’à la prochaine élection présidentielle syrienne, en 2021, selon des responsables américains et européens.

La décision va à l’inverse les déclarations répétées des Etats-Unis selon lesquelles Assad devait démissionner dans le cadre d’un processus de paix« , a écrit le New Yorker dans un article intitulé « Trump laissera Assad au pouvoir jusqu’en 2021, alors que Poutine déclare la victoire en Syrie « .

Le New Yorker affirme que l’administration américaine a été forcée d’admettre qu’elle n’avait que des options limitées en Syrie et que l’influence du gouvernement de Damas soutenu par l’Iran, le Hezbollah et la Russie avait considérablement augmenté. Dans ces conditions, Washington «veut toujours un processus politique qui suppose le départ d’Assad. Mais il a conclu que cela pourrait prendre jusqu’aux élections prévues en 2021, pour son retrait. Compte tenu que les prochaines élections américaines auront lieu en 2020, cela signifie qu’Assad pourrait encore être au pouvoir après le départ de Donald Trump.

Les responsables américains s’inquiètent du fait qu’Assad pourrait gagner les élections syriennes de 2021, d’une manière ou d’une autre, et rester ainsi au pouvoir pour les années à venir. « 
Les principaux médias américaine admettent aujourd’hui que le plan américain visant à renverser Assad en Syrie, initialement soutenu par Israël, l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, a échoué.
Maintenant, que ce plan a échoué, Washington se trouve dans une impasse. D’une part, il ne peut pas accepter officiellement qu’Assad reste au pouvoir. D’un autre côté, il n’a pas d’options réelles pour forcer Assad à quitter le pouvoir.
La seule option encore possible pour les Etats-Unis est de diviser la Syrie en maintenant son soutien aux Forces Démocratiques Syriennes (FDS), une coalition majoritairement kurde, alors que le combat contre l’Etat islamique, qui avait justifié l’intervention de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, est pratiquement achevé. Le résultat de cette stratégie serait l’existence de facto d’une enclave autonome kurde en Syrie. Cette enclave serait presque forcément contrôlée par les Etats-Unis car sans le soutien financier et militaire américain, elle serait incapable de survivre. Le problème est qu’elle pourrait conduire à une rupture entre deux membres importants de l’OTAN, les Etats-Unis et la Turquie, cette dernière étant farouchement opposée à toute forme d’autonomie kurde en Syrie.
Situation
Situation militaire le 12 décembre 2017
Bilan des 227 derniers jours donné à Vladimir Poutine par le général Sergueï Surovikine
Plus de 1000 localités, 78 puits de pétrole et de gaz et deux gisements de minerais de phosphate ont été « libérés » au cours des 227 derniers jours, a déclaré le président du groupe militaire russe Sergueï Surovikine lors de la visite du président russe, Vladimir Poutine, sur la base aérienne de Hmeimim
le 11 décembre. C’est, au total, une zone de 67.000 kilomètres carrés qui a été libérée.
Le général Surovikine a ajouté que les avions de guerre russes ont effectué 6.956 sorties et que des hélicoptères ont effectué plus de 7.000 sorties, tuant plus de 32.000 jihadistes et détruisant 394 chars de combat et 12.000 pièces d’équipement.
Le général a révélé que la Russie s’apprêtait à retirer 23 avions de combat de différents types et 2 hélicoptères d’attaque Ka-52, ainsi que les unités de la police militaire, une unité de commandos, l’hôpital de campagne et le centre de déminage.
Les forces restantes continueront de mener des tâches dans le pays.
Ainsi, un certain nombre d’hélicoptères d’attaque et d’avions de guerre resteront dans le pays. La base aérienne de Hmeimim et l’installation navale de Tartous resteront opérationnelles.
Moscou continuera également à fournir des équipements militaires à l’Armée arabe syrienne (AAS).
Les Etats-Unis ne vont pas retirer leurs forces de Syrie
De son côté, la secrétaire de presse de la Maison Blanche, Sarah Sanders, a révélé que les Etats-Unis n’allaient pas retirer leurs forces du pays.
La guerre contre Daech a été citée comme une raison clé de la poursuite de la présence militaire.
L’Etat islamique attaque les Forces pro-gouvernemntales près de Boukamal
L’Etat islamique a lancé, lundi 11 décembre, une vaste offensive contre les positions de l’armée syrienne près de la ville frontalière de Boukamal. Selon des sources pro-Daech, les terroristes ont mené une attaque kamikaze à bord d’un véhicule piégé (VBIED), tuant plus de 20 membres des forces gouvernementales. Un char de combat et un véhicule BMP de l’AAS auraient également été détruits.
La situation dans la région restait très tendue le 12 décembre. Les jihadistes de l’EI ont en effet lancé une attaque surprise contre l’armée arabe syrienne (AAS) sur la rive occidentale de l’Euphrate dans la province de Deir ez-Zhor.
Selon l’agence de presse Amaq, affiliée à l’Etat Islamique, les jihadistes sont entrés dans les villages d’Al-Jalaa, Saiyal, Salihiyah, Mujawdah et Abbas. Le village d’al-Harsa serait également attaqué. Les jihadistes affirment avoir pris le contrôle total de ces localités tandis que les sources pro-gouvernementales maintiennent que l’armée syrienne résiste toujours à l’intérieur de ces villages.
Le problème pour l’armée est que l’unité d’élite des Forces Tiger a été redéployée dans le nord de la province de Hama pour participer à l’offensive contre les islamistes de Hayat Tahrir ash-Sham et il n’y a donc pas de renforts disponibles pour contrer l’offensive des jihadistes pour l’instant.
Cette nouvelle offensive est la deuxième grande attaque de l’EI contre les forces pro-gouvernementales dans la région au cours des dernières vingt-quatre heures.
La veille, le 11 décembre, l’Etat islamique a attaqué des positions de l’armée près de Boukamal (voir plus haut).

L’attaque aurait été repoussée selon les dernières informations,  mais l’armée aurait subi des pertes en hommes et en matériel.
Combats dans le désert entre Daech et l’armée syrienne
Les troupes syriennes sont engagé dans ce qu’elles considèrent comme la « bataille finale » contre les jihadistes de Daech dans leur dernier réduit d’environ 5.500km2 dans le désert syrien. Ce réduit s’étend de la localité de Sokhna, dans la partie orientale de la province de Homs à la périphérie de Boukamal.
Les unités de combat de l’armée ont progressé, lundi 11 décembre, d’environ 18 km à partir de leurs positions de départ près de la station de pompage T-2 (à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Boukamal). Les avions russes et syriens soutiennent l’armée dans la progression.

Poursuite des affrontements dans le nord-est de la province de Hama
Les affrontements entre l’armée syrienne et les islamistes de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) se sont poursuivis dans le nord-est de la province de Hama. Selon des sources pro-militantes, Hayat Tahrir al-Sham a repris le village de Musharifa que l’armée avait occupé la veille. Les combats sont toujours en cours.

Le chef de la brigade iranienne al-Quds se moque des soldats américains en Irak
Qassem Suleimani, le chef de la puissante force al-Qods, une unité d’élite du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique d’Iran (CGRI), s’est moqué des soldats américains présents en Irak, les traitant de « lâches incontinents » dans un discours prononcé lors d’une offensive visant à reprendre à Daech la ville stratégique de Boukamal, à l’est du pays.
Qassem Suleimani est largement crédité d’avoir mis au point la stratégie qui a renversé le cour de la guerre civile syrienne et sauvé le président Bachar al-Assad. Il a également prévenu un effondrement total de l’Irak quand il a commandé l’offensive qui a permis de sauver Amirli. C’est lui, enfin, qui a contribué à convaincre Vladimir Poutine d’intervenir dans la guerre civile syrienne.

Vidéo (langue iranienne soustitrée en anglais) du discours de Qassem Suleimani :

https://www.liveleak.com/ll_embed?f=a364bba1871e