Pakistan : 80 islamistes condamnés à de lourdes peines pour les manifestations contre la chrétienne Asia Bibi

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Un tribunal pakistanais a condamné plus de 80 islamistes à une peine de 55 ans de prison chacun, pour leur participation à des violentes manifestations contre l’acquittement de la chrétienne Asia Bibi, accusée de blasphème contre l’islam, a-t-on appris vendredi auprès d’un responsable de la mouvance islamiste.
Le jugement, inhabituellement sévère pour ce genre d’affaires au Pakistan, où la question du blasphème est particulièrement sensible, a été prononcé jeudi par un tribunal de Rawalpindi, a déclaré à l’AFP Pir Ejaz Ashrafi, un cadre du parti islamiste Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP).
Les 86 condamnés, à l’issue d’un procès qui a duré plus d’un an, étaient membres du parti, un mouvement extrémiste qui avait organisé de violentes manifestations à travers le pays pour dénoncer l’acquittement de la chrétienne Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010 puis acquittée fin 2018. Après son acquittement, des milliers de membres du TLP avaient bloqué trois jours durant les principaux axes du pays pour exiger sa pendaison.
Le TLP avait appelé à assassiner les juges de la Cour suprême ayant pris la décision, et à des mutineries dans l’armée. Les autorités avaient ordonné l’arrestation du chef du parti, Khadim Hussain Rizvi, pour calmer les esprits. Il avait été remis en liberté en mai 2019.
« C’est une parodie de justice, avec des peines particulièrement lourdes », a dénoncé Pir Ejaz Ashrafi, qui a assuré que le parti allait faire appel du jugement.
Le blasphème est un sujet incendiaire au Pakistan, où de simples accusations suffisent parfois à entraîner des lynchages meurtriers. Mme Bibi, ouvrière agricole d’une cinquantaine d’années et mère de famille, avait été condamnée à mort à la suite d’une dispute avec des villageoises musulmanes au sujet d’un verre d’eau. S’en était suivie une longue saga judiciaire qui avait divisé le pays et ému la communauté internationale, attirant l’attention des papes Benoît XVI et François. Après avoir passé plus de huit ans dans les couloirs de la mort au Pakistan, elle vit désormais au Canada.
Le mois dernier, un tribunal a condamné à mort Junaid Hafeez, un professeur musulman de 33 ans, après l’avoir reconnu coupable d’avoir propagé des idées anti-islamiques.
Hafeez avait été détenu pendant six ans en attendant son procès.
Près d’un mois après le prononcé de la sentence, plus de 80 000 personnes ont signé une pétition sur change.org pour demander que justice soit rendue à Hafeez et que les lois pakistanaises sur le blasphème soient abrogées.
Les chrétiens, qui comptent pour environ 2% de la population pakistanaise majoritairement musulmane, constituent l’une des communautés les plus déclassées du Pakistan. Ils vivent souvent dans des bidonvilles et se voient offrir des emplois peu rémunérés de balayeurs, d’agents d’entretien ou de cuisiniers.