Libye : la présence turque se poursuit, 7500 Syriens sont arrivés à Tripoli

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Le porte-parole de l’Armée nationale libyenne (ANL), Ahmed al-Mismari, a indiqué que les forces turques ont installé des stations de radar et de missiles près de Mitiga et Misrata. Entre-temps, le nombre de combattants syriens formés par Ankara pour combattre aux côtés de l’armée de Tripoli a atteint 7500.
L’annonce d’al-Mismari a été faite le 15 mars, lors d’une conférence de presse tenue au Caire, au cours de laquelle il a précisé que les affrontements entre les forces de l’ANL, dirigées par le général Khalifa Haftar, et les forces de Tripoli, fidèles au gouvernement d’union nationale (GNA), se poursuivent. Toutefois, a déclaré M. al-Mismari, l’objectif de l’armée de Haftar est d’empêcher les milices adverses d’exploiter la trêve obtenue à leur propre avantage. A cet égard, il a été signalé que les opérations « terroristes » menées par les forces de la Tripoli autour de la capitale sont dirigées par un Turc, dont le nom est Abi al-Farqan. Cependant, c’est l’ANL qui contrôle les puits de pétrole et de gaz, selon le porte-parole.
A la même occasion, al-Mismari a également rapporté que la Turquie continue d’envoyer à Tripoli des combattants syriens, c’est-à-dire des militants appartenant aux brigades Sultan Mourad, un groupe rebelle armé actif dans la guerre civile syrienne, soutenue par la Turquie et alignée sur l’opposition syrienne, Suleyman Shah et Brigade Mutassem, factions affiliées à l’Armée syrienne libre, une force armée visant à renverser le président syrien, Bachar al-Assad. Ankara, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, garantit à ces mercenaires un passeport turc, des avantages et un salaire mensuel d’environ 2 000 dollars.
Selon les rapports du 15 mars, le nombre de mercenaires syriens en Libye a atteint 7500, plus les fonctionnaires et autres personnes de nationalité turque. Selon al-Mismari, Ankara envoie environ 300-400 mercenaires par semaine, tous se dirigeant vers les régions de l’ouest de la Libye. En outre, selon le porte-parole de l’ANL, parmi ces combattants, on compte près de 2000 combattants appartenant à l’État islamique et au Front al-Nosra (ancienne branche d’al-Qaïda en Syrie). Des centaines de personnes ont été tuées au cours de ces combats, le dernier ayant eu lieu le 14 mars, tandis que quelque 190 Syriens ont fui vers l’Europe.
Dans sa déclaration, M. al-Mismari a accusé les Frères musulmans de contrôler la Banque centrale de Tripoli, après que certains de ses membres aient occupé des postes de haut niveau au sein du conseil d’administration. De cette façon, selon le porte-parole, l’organisation parvient à financer ses milices, ses activités et ses alliés régionaux. A cet égard, il a été précisé qu’en une seule journée, environ 2 milliards ont été dépensés, alors que la population libyenne continue de mourir. Le chef d’une des commissions de la Banque centrale libyenne, Ramzi Agha, a également confirmé que la banque centrale de Tripoli avait été « kidnappée » par les Frères musulmans, affirmant que les fonds et les économies de la population libyenne servent à financer des milices armées et des mercenaires étrangers.
Al-Mismari a enfin abordé la question de la mission des Nations unies en Libye (UNISMIL) et de la démission de l’ancien envoyé spécial, Ghassan Salamé, le 2 mars. A cet égard, le porte-parole de l’ANL espère que le successeur de Salamé n’entrera pas en Libye par la « mauvaise porte » comme ses prédécesseurs. La véritable porte pour résoudre la question libyenne est celle de la sécurité et non celle de la politique. À cet égard, l’ANL continue de souhaiter des élections libres et équitables qui puissent satisfaire la volonté du peuple libyen.
La Libye est dans une situation de grave instabilité depuis plus de neuf ans et, plus précisément, depuis le 15 février 2011, date à laquelle la révolution et la guerre civile ont commencé. En octobre de la même année, le pays nord-africain a alors assisté à la chute du régime du dictateur Mouammar Kadhafi, mais depuis lors, il n’a jamais réussi à faire une transition démocratique et voit toujours la présence de deux camps. D’une part, le gouvernement de Tripoli, né avec les accords de Skhirat du 17 décembre 2015, dirigé par le Premier ministre et chef du Conseil présidentiel, Fayez al-Sarraj, reconnu par l’ONU. D’autre part, le gouvernement de Tobrouk, avec le général Haftar. Le gouvernement de Tobrouk reçoit le soutien de l’Arabie Saoudite, des Émirats Arabes Unis, de l’Égypte, de la Russie et de la France. Le Caire, Riyad et Abou Dhabi, en particulier, apportent un soutien militaire et économique aux forces de l’armée de Haftar. L’Italie, le Qatar et la Turquie soutiennent le gouvernement reconnu internationalement.
M. Salamé était le sixième envoyé de l’UNISMIL, et le deuxième d’origine libanaise, à ne pas avoir réussi à ramener la paix en Libye. Actuellement, le chef de la mission est Stephanie Williams, à titre temporaire. Toutefois, depuis 2018, Mme Williams a déjà occupé le poste de représentante spéciale adjointe pour les questions politiques de cette mission, et sa tâche durera jusqu’à l’élection d’un nouveau successeur.
En ce qui concerne l’engagement de la Turquie en Libye, le 25 décembre 2019, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé qu’il apporterait un soutien militaire aux opérations du gouvernement de Tripoli contre l’armée du général Haftar. Cette déclaration fait suite au protocole d’accord signé le 27 novembre 2019 par le chef de l’État turc et le président du Conseil présidentiel de Tripoli, al-Sarraj, visant à intensifier la coopération entre la Libye et la Turquie sur les questions de sécurité et à réglementer les activités maritimes dans la zone contestée de la Méditerranée orientale. Dans ce contexte, le gouvernement de Tripoli a envoyé une demande officielle de soutien militaire « aérien, terrestre et maritime » à la Turquie le 26 décembre, suivie d’une réponse du Parlement turc le 2 janvier, qui a approuvé un décret autorisant Erdogan à envoyer des troupes en Libye. Depuis lors, l’aide, les renforts et les conseillers militaires turcs sont en route pour Tripoli.
Concernant la présence de combattants syriens pro-turcs, M. Erdogan a déclaré qu’ils travaillaient sous la direction et la supervision d’Ankara et de leurs conseillers. Ces soldats, selon le président turc, sont fiers de leur participation à cette « mission humanitaire », avec la Turquie, pour contrer les forces de Haftar, une figure illégitime recevant le soutien du gouvernement d’Abou Dhabi, des soldats du Soudan et environ 2500 mercenaires de la compagnie russe Wagner.