Irak: levée de boucliers des partis chiites contre le Premier ministre désigné

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Adnane Zorfi, ex-gouverneur de Najaf tout récemment choisi par le président irakien au poste de Premier ministre, voit se renforcer la possibilité d’un échec de sa mission de former un gouvernement, de plus en plus de blocs chiites au Parlement disant refuser sa nomination.
Dès mardi, la liste des paramilitaires pro-Iran du Hachd al-Chaabi, qui compte une cinquantaine de députés sur 329 au Parlement, avait dénoncé une désignation « anticonstitutionnelle ». Mercredi, la liste Etat de droit de l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki et celle du leader chiite Ammar al-Hakim ont rejoint le front anti-Zorfi, ainsi que d’autres petits partis.
Ce rejet pourrait signifier qu’au moins une centaine de députés refuseront de voter sous un mois la confiance au gouvernement que M. Zorfi doit former. Quant à l’influent et versatile leader chiite Moqtada Sadr, qui tient le premier bloc au Parlement, il ne s’est prononcé ni pour ni contre M. Zorfi évoquant, mercredi sur Twitter, ses détracteurs sans les soutenir ni les dénoncer.
Avant Adnane Zorfi, Mohammed Allawi, un indépendant qui avait promis un gouvernement de consensus, n’avait pu obtenir le quorum nécessaire pour tenir ce vote.
Les partis chiites –qui ont récemment voté en faveur de l’expulsion des 5.200 soldats américains d’Irak– dénoncent la manière dont a été nommé M. Zorfi, qui passe pour proche de Washington, accusant le président Barham Saleh de l’avoir choisi sans les consulter, comme le prévoit la Constitution.
La situation est également tendue sur le terrain entre alliés de l’Iran et alliés des Etats-Unis, dans un pays où plane la menace d’une guerre ouverte entre les deux grands ennemis. Mardi, le jour même où M. Zorfi était désigné, deux nouvelles attaques à la roquette ont visé des intérêts américains ou de la coalition internationale antijihadistes emmenée par Washington.
M. Zorfi a plaidé pour éviter que l’Irak ne devienne un champ de bataille interposée –sans évoquer une expulsion des Américains réclamée par ses détracteurs chiites. Il a promis de « placer toutes les armes sous le contrôle de l’Etat », alors que l’influence des factions armées pro-Iran ne cesse d’enfler.
Sa nomination survient sur fond d’un mouvement populaire inédit dénonçant les conditions de vie en Irak, riche pays pétrolier où pourtant un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté. Son gouvernement, s’il est formé, devra s’attaquer à la question du budget 2020 toujours pas voté et des recettes qui s’effondrent avec les cours du pétrole. Il devra aussi gérer une épidémie de nouveau coronavirus qui menace du pire dans le pays en pénurie chronique de médecins, de médicaments et d’hôpitaux.